Le développement du numérique et l'expansion de la publication scientifique en libre accès ont considérablement transformé les modes de diffusion des connaissances. Toutefois, ces évolutions ont également favorisé l'émergence de pratiques éditoriales frauduleuses, notamment celles des revues et éditeurs scientifiques prédateurs. Ces structures exploitent les aspirations des chercheurs à publier leurs travaux, à valoriser leurs carrières académiques et à accroître leur visibilité scientifique, en proposant des services de publication qui ne respectent pas les exigences fondamentales de l'édition scientifique. L'absence d'évaluation rigoureuse par les pairs, le manque de transparence, les sollicitations commerciales abusives et les fausses déclarations d'indexation constituent quelques-uns de leurs principaux mécanismes. Cet article analyse les caractéristiques des revues prédatrices, leurs conséquences sur la crédibilité de la recherche, les motivations qui conduisent certains chercheurs à y publier et les mécanismes permettant de les identifier. Il propose également des recommandations pratiques à l'intention des chercheurs, des universités et des responsables de revues scientifiques, particulièrement dans le contexte africain. L'objectif est de contribuer au renforcement de l'intégrité académique et à la promotion d'une culture de publication scientifique responsable.
Mots-clés : revues prédatrices, intégrité scientifique, publication académique, évaluation par les pairs, libre accès, qualité éditoriale, recherche scientifique, éthique de la recherche.
1. Introduction
La publication scientifique constitue l'un des piliers fondamentaux du développement de la connaissance. Elle permet aux chercheurs de partager les résultats de leurs investigations, de soumettre leurs découvertes à l'appréciation de la communauté scientifique, de confronter leurs analyses aux travaux antérieurs et de contribuer à l'évolution des savoirs dans leurs domaines respectifs.
Dans l'environnement universitaire contemporain, la publication d'articles scientifiques représente également un élément important de l'évaluation des enseignants-chercheurs, de la progression des carrières académiques, de la reconnaissance institutionnelle et du rayonnement international des établissements d'enseignement supérieur et de recherche.
L'essor des technologies de l'information et de la communication a profondément modifié les pratiques de communication scientifique. Les plateformes numériques, les systèmes de soumission électronique et les modèles de publication en libre accès ont facilité la diffusion des connaissances au-delà des frontières géographiques et institutionnelles.
Cependant, cette démocratisation de la publication scientifique s'accompagne de nouveaux défis. Parmi ceux-ci figure l'expansion des revues scientifiques prédatrices, dont les pratiques menacent la crédibilité des publications académiques et la fiabilité des connaissances diffusées.
Ces structures exploitent les besoins de publication des chercheurs en leur proposant des délais extrêmement courts, des promesses de publication garanties et des procédures éditoriales qui ne respectent pas nécessairement les exigences scientifiques habituelles.
Le phénomène mérite une attention particulière dans les pays africains, où les chercheurs et les institutions universitaires sont confrontés à des défis multiples : insuffisance des ressources financières, accès limité à certaines revues internationales, difficultés linguistiques, pression à la publication et méconnaissance des mécanismes de vérification de la qualité éditoriale.
Il devient dès lors indispensable de développer une culture de vigilance scientifique permettant aux chercheurs de distinguer les revues sérieuses des structures éditoriales prédatrices.
2. Comprendre le phénomène des revues scientifiques prédatrices
2.1. Définition et caractéristiques générales
La notion de revue prédatrice désigne une publication scientifique ou un éditeur qui privilégie les intérêts commerciaux ou personnels au détriment de la qualité scientifique, de l'intégrité académique et des bonnes pratiques éditoriales.
Selon une définition consensuelle élaborée en 2019 par un groupe international d'experts composé notamment de chercheurs, d'éditeurs et de bibliothécaires, les revues et éditeurs prédateurs sont des entités qui privilégient leurs intérêts propres au détriment de l'érudition et se caractérisent par des informations fausses ou trompeuses, des écarts par rapport aux bonnes pratiques de publication, un manque de transparence et des pratiques de sollicitation agressives et indiscriminées.
En pratique, une revue prédatrice cherche généralement à obtenir des frais de publication auprès des auteurs sans fournir les services éditoriaux et scientifiques attendus en contrepartie.
Elle peut notamment accepter des manuscrits sans évaluation sérieuse, annoncer des comités scientifiques fictifs, utiliser abusivement des titres institutionnels ou présenter de fausses informations concernant son indexation.
Il convient toutefois de souligner que toutes les revues électroniques, toutes les revues en libre accès et toutes les publications payantes ne sont pas prédatrices. Le caractère prédateur dépend principalement des pratiques éditoriales, de la transparence et du respect des principes fondamentaux de l'intégrité scientifique.
2.2. L'émergence et l'expansion des revues prédatrices
L'expansion de ces publications est étroitement liée à la transformation numérique de l'édition scientifique.
La publication électronique a réduit certaines barrières techniques et financières qui limitaient auparavant la création et la diffusion des revues. Cette évolution a permis l'émergence de nouvelles initiatives éditoriales, mais elle a également facilité la création de structures peu scrupuleuses.
Le document CAMES INFO de mars 2022 rapporte qu'environ 1 800 revues prédatrices, représentant près de 53 000 articles, étaient estimées en 2010. En 2015, les estimations mentionnées atteignaient 8 000 revues et environ 420 000 articles. Pour 2020, le document évoque plus de 10 000 revues prédatrices publiées par près d'un millier d'éditeurs.
Ces chiffres historiques illustrent l'ampleur de la progression du phénomène à cette période. Ils ne doivent cependant pas être interprétés comme une mesure actualisée de la situation en 2026.
Le phénomène concerne différents domaines scientifiques, notamment les sciences, les technologies, la médecine, les sciences humaines et sociales.
3. Pourquoi certains chercheurs publient-ils dans les revues prédatrices ?
L'existence des revues prédatrices ne peut être comprise sans analyser les conditions dans lesquelles les chercheurs prennent leurs décisions de publication.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer leur recours, volontaire ou involontaire, à ces structures.
3.1. La pression à la publication scientifique
Dans de nombreuses institutions universitaires, la production scientifique intervient dans les processus d'évaluation professionnelle, de promotion académique et de reconnaissance institutionnelle.
Cette situation peut exercer une pression importante sur les chercheurs, particulièrement ceux qui souhaitent accéder à des grades universitaires supérieurs ou satisfaire aux exigences de leur établissement.
Certains peuvent alors privilégier la rapidité de publication au détriment de la qualité et de la crédibilité du support éditorial.
3.2. Les difficultés d'accès aux revues scientifiques reconnues
Les revues scientifiques de référence appliquent généralement des procédures d'évaluation rigoureuses. Les délais de traitement peuvent être relativement longs et les exigences méthodologiques particulièrement élevées.
Les chercheurs peu expérimentés ou disposant d'un réseau scientifique limité peuvent éprouver des difficultés à identifier les revues correspondant à leur domaine de recherche.
Cette situation peut les conduire à se tourner vers des éditeurs qui promettent une publication rapide et sans contraintes importantes.
3.3. Les contraintes financières
Les frais de publication constituent également un facteur déterminant.
Certaines revues scientifiques légitimes appliquant le modèle de publication en libre accès demandent des frais de traitement des articles, communément appelés APC (Article Processing Charges).
Cependant, ces frais peuvent être élevés pour les chercheurs issus d'institutions disposant de ressources financières limitées.
Les revues prédatrices exploitent parfois cette situation en proposant des tarifs attractifs, tout en promettant une publication rapide et garantie.
3.4. L'insuffisance de formation aux pratiques éditoriales
La méconnaissance des mécanismes de publication scientifique constitue une autre difficulté majeure.
Certains chercheurs ne maîtrisent pas suffisamment les procédures de vérification de l'ISSN, de l'indexation, de la composition des comités éditoriaux ou de l'évaluation par les pairs.
Cette insuffisance d'information peut conduire à des erreurs de jugement et à des publications dans des supports dont la crédibilité scientifique est discutable.
4. Les principaux indicateurs permettant d'identifier une revue prédatrice
L'identification d'une revue prédatrice repose sur l'analyse d'un ensemble d'indicateurs. Aucun indice isolé ne suffit nécessairement à établir le caractère prédateur d'une publication. Il convient donc de procéder à une vérification méthodique.
4.1. Les sollicitations excessives par courrier électronique
Les éditeurs prédateurs utilisent fréquemment des courriels non sollicités pour inviter massivement les chercheurs à soumettre leurs articles.
Ces messages comportent souvent des formulations commerciales excessives, des promesses de publication rapide ou des invitations adressées à des chercheurs dont les domaines scientifiques ne correspondent pas à la spécialité de la revue.
Une revue sérieuse peut également solliciter des contributions. La différence réside notamment dans la pertinence scientifique de l'invitation, la transparence des informations et le sérieux de la démarche éditoriale.
4.2. L'absence d'une véritable évaluation par les pairs
L'évaluation par les pairs constitue l'un des mécanismes essentiels de garantie de la qualité scientifique.
Elle permet à des spécialistes indépendants d'examiner la pertinence de la problématique, la solidité de la méthodologie, la cohérence des résultats, la qualité de l'argumentation et la contribution scientifique du manuscrit.
Une revue qui garantit systématiquement l'acceptation d'un article, sans évaluation sérieuse, présente un risque important.
De même, une publication annoncée quelques heures ou quelques jours après la soumission, sans justification d'une procédure accélérée rigoureuse, doit susciter des interrogations.
4.3. Le manque de transparence institutionnelle et éditoriale
Une revue scientifique crédible doit fournir des informations vérifiables concernant :
- Son institution ou son organisme éditeur ;
- Son directeur de publication et son comité éditorial ;
- Les membres de son comité scientifique ;
- Sa politique d'évaluation par les pairs ;
- Ses procédures de soumission et de publication ;
- Ses frais éventuels de publication ;
- Ses règles relatives aux conflits d'intérêts ;
- Ses politiques de correction, de rétractation et d'intégrité scientifique.
L'absence de ces informations, leur caractère imprécis ou l'impossibilité de les vérifier constituent des signaux d'alerte.
4.4. Les titres de revues volontairement trompeurs
Certaines publications adoptent des titres très proches de ceux de revues scientifiques déjà reconnues.
Cette stratégie vise à créer une confusion auprès des chercheurs et à bénéficier indirectement de la réputation d'une publication légitime.
Le CAMES INFO attire notamment l'attention sur certains titres utilisant des appellations géographiques ou institutionnelles prestigieuses, comme « International », « American », « British » ou « Canadian ».
Ces termes ne constituent évidemment pas, à eux seuls, des preuves de prédation. Ils doivent simplement inciter à vérifier l'identité réelle de la revue.
4.5. Les anomalies relatives à l'ISSN
L'ISSN (International Standard Serial Number) est un numéro international normalisé permettant d'identifier une publication en série.
Il constitue un élément important de l'identification bibliographique d'une revue.
Le chercheur doit vérifier que le numéro ISSN annoncé correspond effectivement au titre de la publication et à son support (imprimé ou électronique).
Cette vérification peut être effectuée sur le portail officiel du Centre international de l'ISSN : https://portal.issn.org/.
Il faut néanmoins rappeler qu'un ISSN valide ne constitue pas une certification de la qualité scientifique d'une revue. L'attribution d'un ISSN ne signifie pas automatiquement que la publication est reconnue, indexée ou qu'elle applique une évaluation rigoureuse par les pairs.
4.6. Les fausses déclarations d'indexation
Certaines revues affichent des logos ou des références à des bases de données scientifiques sans disposer d'une véritable reconnaissance dans ces systèmes.
Elles peuvent notamment revendiquer une présence dans des bases bibliographiques ou des plateformes d'indexation prestigieuses sans que cette information soit vérifiable.
Le chercheur doit donc consulter directement le site officiel de chaque base de données pour confirmer la présence effective de la revue.
Il convient de distinguer clairement l'indexation, le référencement bibliographique, l'attribution d'un DOI et la simple présence d'une publication sur Internet.
Ces éléments ne sont pas équivalents et ne garantissent pas, individuellement, la qualité scientifique d'une revue.
4.7. Les insuffisances du site Internet
L'apparence générale d'un site Internet peut également fournir des indications.
Les sites présentant des liens défectueux, des informations contradictoires, des erreurs importantes, une navigation difficile ou des contenus copiés peuvent susciter des interrogations.
Toutefois, la qualité graphique d'un site ne suffit pas à déterminer la crédibilité scientifique d'une revue. Une petite revue universitaire peut disposer de moyens techniques limités tout en respectant des normes éditoriales rigoureuses.
5. Les conséquences des publications prédatrices sur la recherche scientifique
La prédation éditoriale entraîne des conséquences qui dépassent largement la simple question financière.
5.1. La dégradation de la qualité des connaissances scientifiques
L'absence d'évaluation scientifique sérieuse favorise la diffusion de travaux comportant des erreurs méthodologiques, des données insuffisamment vérifiées, des interprétations erronées ou des conclusions non démontrées.
Ces publications peuvent être reprises dans d'autres travaux et contribuer à la circulation d'informations scientifiquement peu fiables.
5.2. L'affaiblissement de la crédibilité des chercheurs
Un chercheur qui publie régulièrement dans des revues prédatrices risque de voir la crédibilité de son parcours scientifique remise en question.
Même lorsque la publication résulte d'une méconnaissance des pratiques éditoriales, elle peut susciter des interrogations concernant la rigueur scientifique et la qualité du processus de recherche.
5.3. Les risques pour les carrières académiques
Les publications scientifiques interviennent dans les procédures d'évaluation et de promotion des enseignants-chercheurs.
Or, un article publié dans une revue dont les pratiques sont jugées contraires aux exigences scientifiques peut ne pas être valorisé dans certains dispositifs institutionnels d'évaluation.
Les chercheurs doivent donc s'assurer que leurs publications répondent aux critères applicables dans leur établissement et dans les instances d'évaluation compétentes.
5.4. Les pertes financières et le gaspillage des ressources
Les frais de publication demandés par certains éditeurs prédateurs peuvent représenter une charge importante pour les chercheurs et leurs institutions.
Les ressources financières consacrées à ces publications sont alors détournées de leur objectif initial, qui devrait être de soutenir la production et la diffusion de connaissances scientifiques de qualité.
5.5. L'atteinte au rayonnement scientifique des universités
Les universités et centres de recherche construisent leur réputation à travers la qualité de leurs publications, la rigueur de leurs chercheurs et leur contribution aux débats scientifiques.
La multiplication de publications douteuses peut fragiliser cette réputation et réduire la confiance des partenaires scientifiques nationaux et internationaux.
6. Les mécanismes pratiques de vérification avant de soumettre un article
Avant toute soumission, le chercheur devrait adopter une démarche systématique de vérification.
Première étape : vérifier l'identité de la revue.
Rechercher le titre exact de la revue, son ISSN, son éditeur et ses coordonnées institutionnelles. Comparer ces informations avec celles qui figurent sur les plateformes officielles.
Deuxième étape : examiner le comité éditorial.
Vérifier l'identité des responsables éditoriaux et des membres du comité scientifique. Consulter leurs affiliations institutionnelles et leurs domaines de spécialisation.
Troisième étape : analyser les articles déjà publiés.
Lire quelques articles récents afin d'apprécier leur qualité scientifique, leur cohérence méthodologique, la pertinence des références bibliographiques et leur conformité aux standards académiques.
Quatrième étape : examiner le processus d'évaluation.
Vérifier si la revue explique clairement son système d'évaluation, les responsabilités des évaluateurs, les étapes de traitement des manuscrits et les délais habituels.
Cinquième étape : contrôler les informations relatives à l'indexation.
Consulter directement les bases de données annoncées par la revue. Ne pas se limiter aux logos affichés sur son site Internet.
Sixième étape : vérifier les conditions financières.
S'assurer que les éventuels frais de soumission, d'évaluation, de publication ou de traitement des articles sont clairement indiqués avant l'engagement du processus éditorial.
Septième étape : rechercher les alertes et les controverses documentées.
Le chercheur peut effectuer une recherche associant le titre de la revue ou le nom de son éditeur aux termes « predatory journal », « predatory publisher » ou « publication fraud ».
Il doit cependant privilégier les sources documentées et éviter de considérer une simple mention sur Internet comme une preuve définitive.
7. Le rôle des institutions universitaires dans la lutte contre la prédation scientifique
La lutte contre les revues prédatrices ne relève pas uniquement de la responsabilité individuelle des chercheurs. Elle nécessite une mobilisation institutionnelle.
7.1. Renforcer la formation des enseignants-chercheurs et des doctorants
Les universités doivent intégrer des modules de formation consacrés à l'éthique de la recherche, à la communication scientifique, à l'évaluation par les pairs et aux pratiques éditoriales responsables.
Les doctorants doivent notamment apprendre à identifier les revues correspondant à leur domaine de recherche et à vérifier leur crédibilité avant toute soumission.
7.2. Mettre en place des dispositifs institutionnels d'accompagnement
Les établissements d'enseignement supérieur peuvent développer des cellules d'appui à la publication scientifique, chargées d'orienter les chercheurs dans le choix des revues, la préparation des manuscrits et la vérification des informations éditoriales.
Ces dispositifs peuvent également faciliter l'accès aux ressources documentaires et aux plateformes scientifiques reconnues.
7.3. Améliorer les politiques d'évaluation académique
Les procédures de promotion et d'évaluation des enseignants-chercheurs doivent privilégier la qualité scientifique des travaux plutôt que le simple nombre de publications.
Une telle approche permet de réduire les incitations à publier rapidement dans des supports dont les pratiques éditoriales sont douteuses.
7.4. Encourager la coopération scientifique
Les universités africaines doivent renforcer les collaborations avec les réseaux scientifiques, les associations professionnelles, les organismes d'assurance qualité et les institutions spécialisées dans l'édition académique.
Cette coopération peut favoriser le partage d'expériences, la formation des comités éditoriaux et l'amélioration des standards de publication.
8. Les responsabilités des revues scientifiques dans la promotion de l'intégrité académique
Les revues scientifiques légitimes ont une responsabilité particulière dans la préservation de la qualité des connaissances.
Elles doivent notamment garantir :
- Une politique éditoriale publique et clairement définie ;
- Une évaluation indépendante et rigoureuse par les pairs ;
- Une sélection des évaluateurs en fonction de leurs compétences scientifiques ;
- La transparence des frais éventuels de publication ;
- La prévention du plagiat et des autres formes de fraude scientifique ;
- La déclaration des conflits d'intérêts ;
- Le respect des droits d'auteur ;
- La protection de l'intégrité des données et des résultats de recherche ;
- La mise en place de procédures de correction et de rétractation ;
- La conservation et l'archivage pérennes des publications.
Une revue scientifique ne doit pas considérer la publication comme une simple opération commerciale. Elle doit être avant tout un espace de validation, de diffusion et de confrontation des connaissances scientifiques.
9. Perspectives pour l'Afrique : construire un écosystème scientifique crédible et responsable
Le développement de la recherche scientifique en Afrique nécessite des infrastructures éditoriales solides, des ressources humaines qualifiées et des politiques institutionnelles favorisant la production de connaissances fiables.
Les revues africaines jouent un rôle stratégique dans ce processus. Elles contribuent à valoriser les recherches consacrées aux réalités locales, à diffuser les résultats scientifiques produits dans les universités africaines et à renforcer la participation du continent aux débats scientifiques internationaux.
Cependant, cette ambition suppose que les revues adoptent des pratiques éditoriales conformes aux exigences internationales de transparence, de rigueur et d'intégrité scientifique.
Le renforcement des capacités des équipes éditoriales, la professionnalisation des procédures de publication, la formation des évaluateurs et la mise en place de politiques d'archivage et d'indexation constituent des priorités importantes.
Dans cette perspective, les initiatives de coopération portées par les institutions universitaires et les organismes régionaux, notamment le Conseil Africain et Malgache pour l'Enseignement Supérieur (CAMES), contribuent à la réflexion sur l'assurance qualité et la reconnaissance des publications scientifiques.
Le document CAMES INFO de mars 2022 présente notamment la création du Comité technique de vérification des revues (CTVR-CAMES), institué par l'arrêté n° 00040/2020/CAMES/SG/SS du 20 septembre 2020. Ce comité a notamment pour mission d'apporter un appui-conseil aux instances chargées de l'évaluation des publications utilisées dans les dossiers de candidature aux différents grades universitaires.
Une telle démarche illustre l'importance de disposer de mécanismes institutionnels permettant d'apprécier la qualité et la crédibilité des supports de publication.
Pour les revues scientifiques africaines, l'enjeu est donc double : renforcer leur crédibilité au sein de la communauté scientifique internationale et contribuer à la construction d'un espace africain de recherche fondé sur l'excellence, la responsabilité et l'intégrité académique.
10. Conclusion
Les revues scientifiques prédatrices constituent une menace importante pour l'intégrité de la recherche et la crédibilité de la communication scientifique. En exploitant les aspirations professionnelles des chercheurs, les insuffisances de formation et les contraintes financières des institutions universitaires, elles contribuent à la diffusion de publications dont la qualité scientifique n'est pas suffisamment garantie.
La lutte contre ce phénomène exige une vigilance permanente et une responsabilité partagée entre les chercheurs, les universités, les organismes d'évaluation et les responsables éditoriaux.
Pour les chercheurs, la prudence doit commencer avant la soumission d'un manuscrit. La vérification de l'identité de la revue, de son ISSN, de son comité éditorial, de son processus d'évaluation et de ses éventuelles déclarations d'indexation constitue une démarche indispensable.
Pour les institutions universitaires, il est essentiel de renforcer les formations à l'intégrité scientifique, d'accompagner les chercheurs et de privilégier la qualité des publications dans les mécanismes d'évaluation académique.
Pour les responsables de revues scientifiques, la transparence, l'indépendance de l'évaluation par les pairs et le respect des bonnes pratiques éditoriales doivent demeurer des principes non négociables.
La crédibilité de la science ne dépend pas uniquement du nombre d'articles publiés, mais surtout de leur qualité, de leur fiabilité et de leur contribution à l'avancement des connaissances.
Dans cette perspective, la promotion d'une publication scientifique responsable représente une condition essentielle au développement d'un environnement universitaire africain crédible, compétitif et durable.
La science mérite mieux que la multiplication des publications : elle exige la rigueur, la transparence et l'intégrité.**
Références bibliographiques et ressources documentaires
- Boukacem-Zeghmouri, C., Rakotoary, S. et Bador, P. (2020). *La prédation dans le champ de la publication scientifique : un objet de recherche révélateur des mutations de la communication scientifique ouverte*. HAL Archives ouvertes. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02941731/document
- De la Blanchardière, A., Barde, F., Peiffer-Smadja, N. et Maisonneuve, H. (2020). *Revues prédatrices : simples miroirs aux alouettes ou menaces graves pour la recherche ? Comprendre et reconnaître les revues prédatrices*. HAL Archives ouvertes. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02972974v2/document
- Université de Sherbrooke. *Revues prédatrices : ressources documentaires et conseils de vérification*. Savoirs UdeS. https://libguides.biblio.usherbrooke.ca/savoirs/revuespredatrices
- Association française pour l'information scientifique (AFIS). (2020). *Les revues prédatrices*. https://www.afis.org/Les-revues-predatrices
- CAMES. (2022). *Revues prédatrices : comment les reconnaître et les éviter ?* CAMES INFO, n° 30, mars 2022, pp. 36-39.
- ISSN International Centre. *ISSN Portal*. https://portal.issn.org/
Note documentaire : Les statistiques historiques présentées dans cet article sont issues du document CAMES INFO de mars 2022. Elles sont rapportées à titre de contexte et ne constituent pas des estimations actualisées pour 2026.