Éditorial · Vol. 1, n° 4 — Août 2026
Des données de terrain au service de territoires plus sains et mieux gouvernés
Affiliations des auteurs
- Recteur de l’UDDAC ; Institut CEDIMES
Présentation
Mots-clés
- éditorial
- ReCoDD
- WASH
- irrigation intelligente
- déchets ménagers
- médias en ligne
- Sud-Kivu
Texte intégral
Ce quatrième numéro du premier volume de la Revue Communauté et Développement Durable (ReCoDD) paraît en août 2026. Fidèle à la vocation de la revue, qui couvre les quatre piliers du développement durable — l’économie, la société, l’environnement et la bonne gouvernance —, il réunit quatre contributions issues de recherches menées au Sud-Kivu : dans la ville de Bukavu, dans le territoire de Kabare et dans le groupement d’Irhambi-Katana.
Ces travaux ont un point commun. Ils partent de problèmes concrets que vivent les ménages et les communautés — les maladies liées à l’eau, l’irrigation des cultures, la gestion des déchets, l’accès à l’information — et ils mesurent, à partir de données recueillies sur le terrain, ce qui fonctionne, ce qui fonctionne moins bien, et pourquoi. C’est précisément le type de recherche que la ReCoDD veut encourager : rigoureuse dans sa méthode, ancrée dans les réalités locales et utile à ceux qui décident comme à ceux qui agissent.
Le premier article, de MAHESHE AMANI Venant, évalue le Programme national Villages assainis dans le groupement d’Irhambi-Katana, à partir des indicateurs relatifs à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement (WASH) et de l’évolution des maladies d’origine hydrique dans plusieurs aires de santé. Il montre que le programme a amélioré les conditions sociosanitaires des bénéficiaires, mais que certaines aires de santé n’en ont pas bénéficié ou n’ont pas connu d’interventions suffisamment efficaces, et que l’accès à l’eau potable comme l’assainissement de base restent des défis. L’auteur plaide pour la poursuite et l’extension du programme, et pour son appropriation par la gouvernance locale.
Le deuxième article, de Chadrack BAHATI NZIBONERA et Gentil CIZA NFUNDIKO, se situe au croisement de l’eau, de l’énergie et de l’alimentation. Il présente l’évaluation pilote, à Kabare, d’un système d’irrigation intelligente piloté par des capteurs connectés et alimenté par l’énergie solaire. Sur 120 cycles répartis sur 30 jours, les scénarios étudiés laissent entrevoir une économie d’eau moyenne de 19,6 % par rapport à un arrosage manuel de référence, avec une production photovoltaïque largement supérieure aux besoins du dispositif. Les auteurs distinguent avec soin la faisabilité technique, qu’ils établissent, et le gain de rendement, qui demandera une validation sur plusieurs saisons : une leçon de méthode utile à tous.
Le troisième article, conduit par David BASHIGE MUSHARHAMINA et sept coauteurs, porte sur la gestion des déchets ménagers à Bukavu. Auprès de 400 ménages des zones de santé de Kadutu, d’Ibanda et de Bagira, enquêtés entre mars et juin 2025, l’étude constate que près de deux ménages sur trois (65,3 %) ne sont pas abonnés à une organisation locale de collecte. La zone de résidence et l’accès régulier à l’information sur les services de collecte sont associés à l’abonnement ; la méconnaissance des prestataires, une efficacité jugée insuffisante et un coût estimé trop élevé figurent parmi les principaux obstacles.
Le quatrième article, de Ferdinand CITO CIBAMBO, étudie les médias en ligne et l’accès à l’information dans la commune de Bagira. Parmi les 120 habitants interrogés, 72,5 % utilisent Internet et plus de la moitié (51,7 %) citent les médias en ligne comme leur principale source d’actualité, appréciés d’abord pour l’information en temps réel. L’étude met au jour un paradoxe éclairant : les usagers valorisent la rapidité, mais leur première attente envers les professionnels est la vérification des informations avant publication.
Lus ensemble, ces quatre travaux convergent vers un même enseignement : les programmes publics comme les innovations techniques ne produisent pleinement leurs effets que si les populations sont informées, associées et servies avec régularité. L’information apparaît ainsi comme un levier transversal. Elle conditionne l’adhésion des ménages aux services de collecte, contribue au succès des programmes d’assainissement et constitue, par sa qualité, la première exigence des lecteurs de médias en ligne. Ces articles rappellent aussi qu’il n’est pas de politique publique durable sans données fiables, suivies dans le temps et partagées.
Je remercie les auteurs pour la qualité de leurs contributions, ainsi que les évaluateurs et l’équipe éditoriale pour leur travail exigeant. La ReCoDD reçoit les manuscrits de manière permanente et publie ses articles en accès libre, chacun doté d’un DOI. J’invite les chercheuses et les chercheurs, en particulier les plus jeunes, à lui confier leurs travaux, afin que la recherche menée en Afrique centrale soit lue, citée et mise au service du développement durable de nos communautés.
Bonne lecture.
Prof. Désiré NZIBONERA BAYONGWA
Recteur de l’UDDAC, président d’honneur et fondateur des Éditions Universitaires de l’Afrique Centrale
Comment citer cet éditorial
Nzibonera Bayongwa, D. (2026). Des données de terrain au service de territoires plus sains et mieux gouvernés. Revue Communauté et Développement Durable, 1(4). https://leseditionsuac.com/revue-scientifique/volume-1/editorial-recodd-volume-1-numero-4-aout-2026/